mercredi 22 septembre 2010

Plysorol : le point de vue d'un ancien salarié sur les ressources forestières de la société au Gabon.

Nous publions ci-dessous un article paru sur Internet et rédigé par un ancien salarié de la société Plysorol au Gabon. Ce dernier a souhaité rester dans l'anonymat.

Il s'agit d'un point de vue parmi d'autres. Nous n'avons pas d'éléments à notre niveau pour confirmer ou infirmer ces analyses mais elles nous ont paru plutôt objectives et bien argumentées. Nous avons donc considéré que cet éclairage était propre à alimenter de façon intéressante le débat autour de cette entreprise qui transforme du peuplier dans notre région et qui risque de disparaître.

Une partie de son avenir se joue en effet en afrique.


"Les pépites du Gabon et la Belle au Bois Dormant

Bonjour, comme beaucoup d’entre-vous je suis suspendu aux nouvelles de Plysorol. J’ai surtout bien connu les questions d’achat de grumes Okoumé, du temps de Monsieur Meese, pour finir avec les portugais.
En lisant la revue de presse sur Infoply -que je félicite au passage pour l’immense travail fourni- j’y vois beaucoup d’émotion mais peu de réalisme et en tout cas une méconnaissance totale de la chaine d’approvisionnement en Okoumé et je voudrais rappeler certains faits pour aider les décideurs à la compréhension de ce métier. Il y a en effet des idées reçues qui risquent de coûter cher pour les les collègues de Plysorol.

1) L’Okoumé n’est pas un « bois précieux » !

Le terme de « bois précieux », il ne pas peut s’appliquer à l’Okoumé dont la valeur se situe actuellement entre 200 et 250 €uros FOB Gabon. C’est à dire qu’à grosseur égale, il est moins cher que le Chêne de nos pays. En revanche l’Okoumé a des propriétés mécaniques qui en font un excellent bois de déroulage très apprécié pour la fabrication du contreplaqué. De plus, il est naturellement durable et en collage phénolique, sert pour les panneaux extérieurs qui ont longtemps fait la réputation de Leroy. Le Gabon à lui tout seul, produit plusieurs millions de M3 d’Okoumé par an, dont plus de 70% des exportations en rondins se sont faites en 2009 vers l’Asie. (Pour nous revenir sous forme de panneaux sur l’Europe, en concurrence de nos propres productions car il faut savoir que l’Europe importe d’Asie plus d’un million de M3 de contreplaqués par an, dont une grande partie en Okoumé du Gabon transformés en Chine grâce à une main d’oeuvre bon marché. En comparaison, si mes souvenirs sont bons, même dans les grandes années la production de Leroy/Plysorol n’a jamais dépassée les 150.000 M3.

2) Les concessions forestières au Gabon ne sont pas les « Pépites » de Plysorol !

C’est là un contresens qui est fait par la plupart des journalistes et que relaient les politiques, (mais chacun son métier!) :

- Les concessions forestières des 2 filiales de Plysorol ont une surface totale de quelques 550.000 hectares, divisée en 3 zones: la plus grande (350.000 hectares) est la plus ancienne, elle a déjà été exploitée depuis plus d’un demi-siècle. Elle en est à sa troisième coupe (donc maintenant des petits arbres). J’ai d’ailleurs subi moi-même les réclamations perpétuelles des dérouleurs de Lisieux sur cette qualité. Une autre concession pour environ 200.000 hect appartient à Pogab, sous l’appellation de permis industriel, mais se situe dans une zone montagneuse donc des bois nerveux. Ce permis (sous réserve que les anciens actionnaires Chinois n’y aient pas touché) est vierge, donc tous les travaux routiers d’accès et de campements sociaux sont à faire.
- Depuis la récente décision du Président Ali Bongo, beaucoup de permis forestiers, de toutes tailles et de toutes nationalités d’actionnaires, sont sans industrie et ne peuvent plus exporter leur production. La valeur des permis forestiers a donc chuté depuis la décision, car il faut savoir que la forêt gabonaise couvre environ 20 millions d’hectares dont environ 15 millions sont exploitables. Le remembrement décidé par l’Administration Forestière libère actuellement quelques 2 à 3 millions d’hectares de permis non conformes à la loi forestière gabonaise.La seule et réelle valeur des permis de Leroy-Gabon et de Pogab réside dans les surfaces importantes des blocs, permettant un aménagement forestier et d’aboutir à une Certification FSC. Ces bois s’ils sont certifiés et industrialisés avec traçabilité, peuvent donner des contreplaqués certifiés FSC, prisés par les marchés européens. C’est cette logique environnementale que les filiales gabonaises avaient commencé à mettre en œuvre du temps de SONAE, mais que les actionnaires Chinois ont abandonné début 2009. D’après les derniers rapports des Eaux & Forêts Gabonaises, les deux concessions des filiales de Plysorol sont en infractions verbalisées pour de nombreuses infractions environnementales, sociales, douanières et fiscales. D’autre part j’ai appris que l’ensemble des matériels routier et forestier avait été vendu par les chinois et que les productions forestières étaient quasiment arrêtées depuis l’interdiction d’exporter les grumes. Avec le chomage non payé et d’après ce rapport des E&F, les campements et habitations sont dans un état lamentable avec de très nombreuses épidémies dues à l’insalubrité de l’eau et des ordures, et plusieurs révoltes des habitants ont eu lieu depuis 18 mois.Dans ce contexte, parler de « pépite » est un peu hâtif. La Forêt elle se mérite, c’est d’abord d’énormes investissements à réaliser tant en équipements routiers, forestiers, sociaux, qu’environnementaux. Rien que la reprise du plan d’aménagement menant à la Certification prendra plusieurs années. Le repreneur de Plysorol aura donc d’énormes investissements à effectuer. Mais cet approvisionnement forestier est le premier maillon indispensable de la chaine de fabrication Plysorol et l’on comprend pourquoi les repreneurs en font une condition sine qua non ! Mais quand on considère tous les investissements à faire, parler de « pépite » parait bien exagéré, surtout assis derrière la télé, ici en France.

3) Industrialisation de la filière au Gabon

tout le monde savait que la transformation des grumes devait se faire sur place !
Le dernier point sur lequel il est bon de revenir est l’obligation depuis 2010 de dérouler les bois sur place. Ce n’était pas une surprise. Toute la filière le savait et le Gabon a tenu bon. C’est pour ne pas l’avoir suffisamment anticipé que la gestion portugaise s’est terminée par un dépôt de bilan. C’est pour ne pas l’avoir admis que le tribunal de Lisieux vient de nous mettre 18 mois dans la vue et a mis en péril l’ensemble du groupe en croyant aux miroir aux alouettes chinoises.
Deux conséquences :

- Intérêt stratégique de l’usine de Pogab, qui doit maintenant impérativement approvisionner les 3 complexes industriels français en placages secs.

- Obsolescence de l’usine de Lisieux dans toute sa partie déroulage et séchage.

4) Et l’avenir ?

a) Défis sociaux et environnementaux dans les forêts gabonaises en reprenant d’urgence les démarches de la Gestion Durable pour une production Certifiée FSC.
b) Défis forestiers en investissant d’urgence dans des équipements modernes, en refaisant le réseau routier et des campements appropriés à un cadre de vie sain, avec écoles et une scierie sur place.
c) Défis industriels au Gabon en triplant d’urgence les capacités de Pogab et en investissant dans d’autres transformations locales diversifiées et à forte valeur ajoutée. Rapatrier de toute urgence la capacité de déroulage et de séchage de Lisieux (désormais inutilisable en France sauf en infraction avec la loi gabonaise) vers Pogab pour réalimenter au plus vite en placages secs nos fabrications en France.
d) Défis industriels en France en relançant les productions des 3 usines françaises vers des productions de finition, de valeur ajoutée et niches techniques. La mixité exotique avec les bois de pays français ont été un atout pour Plysorol et il faudra encore développer ces « combis ».
e) Un énorme effort commercial sera à opérer pour combler le handicap de plusieurs années d’absence partielle ou totale sur les marchés, alors que nos concurrents se bagarrent entre eux pour récupérer notre place avec des produits certifiés.

Donc, parler de poule aux œufs d’or est une provocation pour ceux du métier, mais le potentiel est là pour qui saura le reprendre et surtout aura l’acharnement et le professionnalisme de le redévelopper, et de réveiller »la belle au bois dormant ». Je souhaite donc que mes collègues de Plysorol trouvent ce Prince Charmant ! D’ici-là courage à tous."

1 commentaire:

  1. pourquoi les salariés ne reprennent-ils pas l'affaire?

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